Il propose 3 vœux à la fille de sa femme de ménage. Sa réponse va le briser en mille morceaux.

Arthur n’avait jamais dit bonjour à Elena. Pas une seule fois en trois ans. Il passait devant elle chaque matin comme on passe devant un meuble. Elena nettoyait sa grande maison cinq jours par semaine — les vitres, le linge, les sols — et Arthur ne connaissait même pas le son de sa voix. Pour lui, elle faisait partie du décor.

Arthur dirigeait une entreprise importante en centre-ville. Il gagnait en un mois ce qu’Elena gagnait en trois ans. Et il en était convaincu : l’argent lui donnait raison sur tout et sur tout le monde.

Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’un simple verre allait tout faire basculer.


L’incident du mardi

Ce mardi-là, en nettoyant les vitrines du salon, la main d’Elena avait glissé. Le verre avait explosé sur le carrelage. Elena s’était figée. Puis elle s’était mise à genoux pour ramasser les éclats, les doigts tremblants. Elle savait que chaque objet dans cette maison valait plus que son salaire de la semaine. Elle avait caché les morceaux au fond de la poubelle en retenant sa respiration.

Le soir, chez elle, Elena n’avait pas pu manger. Elle avait calculé, recalculé. Le verre devait coûter une fortune. Si Arthur le découvrait, il la renverrait. Et même s’il ne la renvoyait pas, elle devrait rembourser. Avec quoi ?

Le lendemain, mercredi, comme chaque semaine, sa fille Léa, huit ans, l’accompagnait au travail. La petite s’installait dans la cuisine avec ses cahiers. Règle absolue : aucun bruit. Mais ce mercredi-là, Arthur rentra plus tôt que prévu.


« Je t’accorde trois vœux »

En traversant le couloir, il aperçut la petite fille. Sur ses genoux, un dessin coloré : Joyeux anniversaire. Arthur avait passé une excellente journée. Un gros contrat signé. Il se sentait invincible. En voyant cette gamine, il eut envie de lui montrer à quel point le monde lui appartenait.

Il s’approcha avec un sourire satisfait :
— « C’est ton anniversaire aujourd’hui ? Quel âge ? »
— « Huit ans, monsieur », répondit Léa.

Arthur croisa les bras.
— « Tu sais que je suis très riche ? Je peux acheter tout ce qui existe. Alors pour ton anniversaire, je t’accorde trois vœux. Ce que tu veux. Des jouets, une télévision, un ordinateur. Quel est ton premier vœu ? »

Ce que Léa répondit, Arthur ne l’oubliera jamais.

« Je voudrais un gros tube de colle forte, monsieur. »

Arthur fronça les sourcils. « De la colle ? Tu ne veux pas un téléphone ? Une poupée ? »
Léa secoua la tête et baissa les yeux vers ses chaussures usées.

— « Hier, maman a cassé un de vos verres. Elle a pleuré toute la nuit. Elle m’a dit qu’on ne pourrait pas acheter à manger cette semaine parce qu’elle devra tout donner pour vous rembourser. Alors je voudrais de la colle très forte pour réparer le verre en secret. Comme ça, maman n’aura plus peur de vous, elle arrêtera de pleurer, et on pourra manger. »


Le réveil d’Arthur

Arthur ne bougea plus. Il pensa à ses placards remplis de verres identiques dont il ne connaissait même pas le prix. Pour lui, c’était une pièce de monnaie perdue. Pour Elena, c’était une semaine de faim.

Arthur sentit quelque chose se briser dans sa poitrine. Il s’accroupit lentement pour être à la hauteur de Léa.
— « Tu n’as pas besoin de colle, Léa. Ce verre était vieux. Ta maman ne me doit rien. Rien du tout. »

À cet instant, Elena arriva, blême en voyant son patron devant sa fille. Elle commença à bafouiller des excuses, mais Arthur l’arrêta. Il la regarda dans les yeux. Pour la première fois en trois ans.

— « Elena. Léa m’a parlé du verre. Vous ne me devez rien. C’est moi qui vous dois des excuses. Je ne me suis pas bien comporté avec vous. »

La promesse

Arthur tint parole. Il doubla son salaire et lui offrit de quoi faire de vraies courses. Puis il se tourna vers Léa :
— « Ton premier vœu était pour ta maman. Il t’en reste deux. »
— « Un beau vélo rouge pour aller à l’école », demanda-t-elle.
— « Ce sera livré aujourd’hui. Et le troisième ? »

Le sourire de Léa disparut. Elle le regarda avec un sérieux désarmant :
— « Je voudrais que tous les matins, quand vous croisez ma maman, vous lui disiez bonjour en la regardant. »

Arthur serra les mâchoires. Il hocha la tête. « Je te le promets. »


Conclusion

Le lendemain matin, Arthur attendait Elena dans l’entrée. Il lui dit bonjour. Il lui demanda comment elle allait. L’après-midi, un grand vélo rouge neuf fut livré devant la porte.

Chaque matin qui suivit, Arthur tint sa promesse. Parce que de tous les cadeaux qu’il avait pu acheter dans sa vie, le seul qui avait changé quelque chose, c’était celui qui ne coûtait rien.